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vendredi 26 août 2016

Elle vendait des petits ghettos / Alain Fleig

Elle vendait des petits ghettos
Alain Fleig


Bien sûr l’addition de tous ces mouvements, et même aujourd’hui où tout cela est tellement atomisé que Karl n’y reconnaîtrait pas ses petits, doit être prise en cause. Ça existe. Il y a un véritable mouvement existentiel, un mouvement du “désir”, une émergence de l’individu, comme on a vu qu’il y avait émergence du corps, mais n’allons pas y voir la nouvelle forme du courant “révolutionnaire“, la forme enfin trouvée de l'anti-pouvoir, de l’anti-bureaucratie, de l'anti-capitalisme, la panacée nous sortirait enfin des vieilles luttes anars et des ornières gauchieuses, d’ailleurs les gauchistes se sont empressés de bâfrer tout ce qu’ils pouvaient quitte à en dégueuler, quitte à en crever, preuve que cette soupe était non seulement comestible mais encore excellente pour le système.

Si le “Je“ apparaît, même si brusquement on lui reconnaît le droit de cité, il ne s’agit dans les faits que d’une nouvelle et plus subtile aspiration réformiste, du réformisme new-look qui se drape, ma chère, dans quelques strass situationnistes mal astiqués. Ça n’est pas la réaction contre la misère de la vie quotidienne c’en est au contraire expression la plus achevée, son émergence en tant que signe phallique, son identification en tant que modèle à l'intérieur de l’équivalent général de l'économie politique.


Cela n’exprime que le besoin de renouvellement des vieilles structures devenues inadéquates, de l’antique mouvement gauchiste qui n’est plus capable d’assumer son rôle dans la société bourgeoise. C’est la volonté de changement dans la continuité pour employer une expression à la mode. D’ailleurs toutes les organisations politiques s’épuisent depuis 68 à cavaler derrière cette nouvelle forme de lutte autonome, existentielle, spontanéiste et qui se veut “sauvage”, qui n’est que réactionnelle, pour ne pas dire réactionnaire.

Les léninistes qui ont toujours un train de retard (un wagon plombé sans doute) ne comprennent plus : “Et la stratégie globale alors ? ” Ça a un côté vachement individualiste tout ça, anarchiste même et chacun sait que de l’individualiste au petit-bourgeois il n’y a qu’un pas, un tout petit pas qui en a mené plus d’un en Sibérie. Seulement le collectif anonyme, camarades, ça ne paie plus, les masses elles sont abruties certes mais elles se sont tout de même rendu compte que derrière vos sociétés anonymes il y a toujours des P.-D.G. et ça les masses, ras le bol, faut trouver autre chose, le prolétariat ronfle peut-être mais d’un œil seulement, il faut d’autres chansons pour le bercer.

Luttes individualistes ? Pas vraiment en fait, plutôt dans bien des cas lutte pour l’individu, pour la sauvegarde de l’individu dans une société de plus en plus collective, pour que Dupont soit autre chose que le pion auquel on veut le réduire, simple machine, numéro de Sécurité sociale, matricule, inconnu pour lui-même.

Il est évident que plus le système se concentre, plus le capitalisme se généralise plus il tend à expulser des catégories entières; expulsées en tant que catégories mais aussi expulsés d’eux-mêmes en tant qu’individus. Plus la loi de la valeur et sa hiérarchie s’installent à tous les degrés, virant l’échange symbolique au profit du signe et de la marchandise, plus il rejette ce qui résiste à cette loi. Michel Foucault en a causé dans son Histoire de la folie à l’âge classique c’est-à-dire au seuil du capitalisme, au seuil de la rationalité occidentale et du triomphe de l’idée bourgeoise. Aujourd’hui c’est toute la société qui est devenue lieu d’enfermement, c’est chaque “individu” qui est expulsé de la communauté des hommes au profit de représentations, c’est le corps social, les grands représentants qui bouffent, qui baisent et qui vivent en ton nom, à ta place, ta place à toi, con de spectateur de ta propre misère c’est chaque “dividu” qui est l’objet d’une pseudo-sollicitude et d’une surveillance constante. Partout dans le monde contemporain chacun est enfermé au sein d’un ghetto : usine, école, banlieue, pseudo-contre-culture, asile, hôpital, maison de la culture, fichier de sécurité sociale, chaque groupe humain tend à être dirigé, organisé, animé, le camp est la représentation la plus pure de la société rationalisée où la vie n’est plus que mots (1) *.

A l’intérieur de cette rationalité toute lutte, si elle ne vise pas à l’abolition du code, de ce fameux et irréel principe de réalité est vouée à augmenter l’abstraction à s’intégrer dans le circuit des échanges différenciés de la fonctionnalité binaire (gauche-droite, féminin-masculin, bien-mal, vie-mort etc.).

Chacun aspire à sa petite reconnaissance en tant que valeur en tant qu’élément positif (positivé) et c’est cela la nouveauté. Cela s’est traduit par la prolifération de toutes ces actions sentimentales, fofolles et irrationnelles en apparence que les vieux routiers de la politique coincés au niveau primaire de l’exploitation de la force de travail ne peuvent parvenir à comprendre, même s’ils font semblant d’essayer de récupérer, de rebricoler et de maquiller leurs vieilles théories.

Quoi qu’en pensent les professionnels de la lutte de classe, ces groupes mènent ou ont mené parfois une action efficace. Lorsqu’un de ces groupes exclus du procès même de centralisation, de par sa position sociale (étudiants, femmes, pédés etc., mais aussi prolétaires portugais par exemple), tombe dans une périphérie qui exclut toute pseudo-responsabilité; exclu du jeu c’est la règle même du jeu qu’il tend à remettre en cause et non plus seulement la simple exploitation par le système. Contraints à tenter de réaliser pour eux-mêmes et pour ne pas crever la première étape d’une vie différente, ils se heurtent à toutes les constructions psychologiques du système, en premier lieu au politique.

La rupture parfois s’est faite, on a vu des “grèves sauvages” dépasser, déborder complètement syndicats et gauchistes, on a cru voir certains soirs le prolétariat s’éveiller et rôder vacant, décodé, inquiétant et visionnaire.

Lutte des Noirs, des jeunes, des femmes et des homosexuels ont en commun au départ de n’être pas une simple révolte contre de mauvaises conditions mais bien une remise en cause du code qui fait de la race, du phallus ou de la jeunesse une valeur qui s’inscrit dans la stratégie de la domination sociale.

Mais très vite bien sûr, tout rentre dans l’ordre, l’ordre politique qui récupère systématiquement chacune de ces luttes dans le grand équivalent général du discours sans même que celles-ci aient eu le temps de s’en échapper ou de s’en distraire. Les individus séparés sur le plan de leurs catégories par le système lui-même sont bien évidemment voués à être défaits.

Car la multiplication de ces points de lutte spécifique ne fait en réalité que séparer davantage les uns des autres les aspects négatifs et aliénants de la société. En circonscrivant la lutte sur le terrain politique, chacun dans son domaine particulier, chacune de ces revendications autonomes appelle une solution autonome à son conflit avec le corps social et non la destruction du fonctionnement global de celui-ci. Aucune de ces luttes ne se relie, si ce n’est superficiellement au reste de l’aspiration “irrationnelle“ et surtout chacune refuse le dépassement au sein d’une remise en cause globale de l’économie politique qui a été sacralisée par le marxisme. On ne peut bien évidemment demander à la fois l’amélioration d’un secteur de la société et sa destruction totale.

C’est là que se situe le hiatus entre l’insurrection proprement prolétarienne et la révolte pensée, où la force du système apparaît dans toute sa splendeur, c’est que le mouvement d’émancipation politique à quelque niveau de la société qu’il se trouve ne fait en réalité que renforcer la séparation et le renfermement général : la fascisation du régime.

Toute politique n’est que la politique du pire. Le code social resurgit avec encore plus de violence de tout ce qui semblait vouloir le réduire, la solution politique des contradictions désarme la révolte et laisse le champ libre à l’unification et à l’intériorisation de la répression.


NOTE



1. L’exemple de la Chine est à ce sujet probant, les déportés des camps dits de rééducation sont considérés comme l’élite de la nation et le camp avec sa discipline, son hygiène mentale politique et physique comme le modèle de fonctionnement de l’Etat prolétarien. Voir J. Pasqualini, Prisonnier de Mao, Ed. Gallimard, Paris, 1975.

Extrait de: Lutte de con et piège à classe. Paris Ed Stock, 1977


Note Botanica: Il est toujours possible d'extrapoler....et de trouver aussi de magnifique acronyme !

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