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mercredi 5 septembre 2012

Révolution et contre-révolution en Catalogne / Carlos Semprun-Maura

INTRODUCTION de l’auteur 

Région, province ou nation, suivant les idéologies –et les époques– la Catalogne constituait en 1936 une des zones industrielles les plus importantes de la péninsule ibérique. De même qu’au Pays Basque –également zone industrielle importante– le nationalisme en tant qu’expression politique naît ici au XIXe siècle et prend au départ la forme d’une résistance de la bourgeoisie industrielle et commerçante catalane contre la gabegie centralisatrice du pouvoir central et la politique rétrograde des grands propriétaires fonciers.

Ainsi, contrairement à ce qui arrive dans d’autres pays – comme en Irlande, par exemple –, la « colonisation » économique ne s’unit pas en Catalogne à l’oppression politique et culturelle pour donner naissance et alimenter un mouvement nationaliste.

La Catalogne industrielle va, surtout à partir de la fin du xixe siècle – et jusqu’en 1936 – recevoir l’afflux massif de travailleurs originaires de régions pauvres et notamment d’Aragon, de Valence et de Murcie (et globalement désignés sous le vocable méprisant de « Murciens »). De 1910 à 1923, par exemple, la seule ville de Barcelone recevra – et emploiera pour la plupart – 180 000 travailleurs immigrés.

Il s’agit de la classique émigration des campagnes pauvres vers les villes industrielles que connaît tout pays au développement économique inégal, doublé ici, en quelque sorte, d’un exil. Car les Catalans, d’autant plus imbus de leur catalanisme qu’ils ne peuvent pas l’exprimer pleinement, traitent parfois avec un certain mépris ces « sous-développés » arrivant en masse des régions agraires pauvres à la recherche d’un travail. Et, sinon à Barcelone, en tout cas en province, les Catalans ne savent ou ne veulent parler que leur langue, créant ainsi la fameuse barrière du langage. En schématisant, on peut donc dire que la Catalogne riche emploie, exploite et parfois méprise, un sous-prolétariat immigré, tout en étant elle-même et en même temps en butte aux pressions et discriminations culturelles et politiques du pouvoir central. Bien sûr, ceci doit être nuancé : d’abord il n’y a pas une Catalogne et la lutte de classes connaît ici une acuité extraordinaire de la fin du XIXe siècle au début de la guerre civile (1936). Ensuite, nombre de travailleurs immigrés font souche en Catalogne et s’y intègrent plus ou moins facilement, plus ou moins lentement. Mais d’autres immigrants viennent prendre leur place et ceci encore longtemps après la fin de la guerre, maintenant vivaces les problèmes désormais bien connus et mal réglés des travailleurs immigrés (emploi, logement, scolarisation, etc.).

La première expression politique du nationalisme catalan est la Ligue Régionaliste (Lliga regionalista), fondée en 1901 à Barcelone. Au début, la Ligue ne se proposait nullement l’indépendance de la Catalogne, mais comme son nom l’indique, une certaine autonomie pour cette région. Tout en étant un mouvement politique, les activités de la Ligue sont surtout destinées à promouvoir le développement économique et culturel de la Catalogne, sorte de « club » d’investissements et de rayonnement de la culture et de la langue catalanes (fondant l’Institut d’études catalanes en 1907, notamment). C’est un parti de notables, ayant à sa tête Prat de la Riba, président de la Diputacíon provincial de Barcelone et Francisco Cambo, député pour la Catalogne aux Cortes de Madrid. « Efficaces et bons administrateurs », dit-on, ils jouèrent un rôle dans le développement économique et culturel de la Catalogne au début du siècle. La Lliga considérait que la Catalogne constituait un exemple de « modernité » pour le reste de l’Espagne, encore trop moyenâgeuse à son goût. Mais c’est en Espagne que les capitalistes catalans vendaient l’essentiel de leur production et cela crée des liens qu’il ne faut pas rompre.

La violence des luttes sociales en Catalogne – où, du début du siècle à 1936, il n’y a pratiquement pas d’année sans grève générale débouchant sur des affrontements armés avec la police et souvent l’armée – va faire de plus en plus de la Ligue, parti politiquement conservateur, l’allié presque inconditionnel du pouvoir central contre « ses » ouvriers. Et c’est un autre mouvement, plus populaire, fortement teinté de radicalisme, La Esquerra catalana (la Gauche catalane) qui va prendre la relève de la Ligue et imprimer au mouvement nationaliste en Catalogne non seulement un caractère plus populaire (« petit-bourgeois », dans le jargon marxiste-léniniste) mais aussi un autonomisme bien plus affirmé où la « tentation » de l’indépendance est présente, encore que jamais totalement assumée, ni, bien sûr, menée à son terme. D’autres mouvements nationalistes vont naître, dont l’Estat Català, mouvement ultra-nationaliste, dont certains chefs exprimeront leur admiration pour Mussolini, comme nous le verrons au cours des chapitres suivants, mais c’est bien l’Esquerra qui constitue le principal parti à la fois radical et nationaliste catalan. Malgré des fortunes diverses, quelques victoires partielles et nombre d’échecs, la Catalogne ne va véritablement accéder à une certaine autonomie que sous la république qui va concéder le « statut catalan » en 1932.
Lors de la proclamation de la république espagnole, en 1931, le colonel Maciá président de l’Esquerra apparut à la foule à un balcon de la place Saint-Georges à Barcelone, accompagné de son adjoint – et successeur après sa mort – Lluis Companys, et ils proclamèrent, aux applaudissements de la foule, la République catalane. Devant le danger de sécession, des hommes politiques républicains – certains catalans – accoururent à Barcelone pour convaincre les leaders de l’Esquerra d’attendre le vote sur ce « statut catalan » et de ne rien faire « d’irréparable ». Les leaders de l’Esquerra acceptèrent et le statut fut effectivement voté.

Ce statut groupait les quatre provinces catalanes sous l’autorité d’un gouvernement autonome, qui prenait le nom de Generalitat, nom donné au Moyen Age aux conseils des villes. En fait, les pouvoirs de ce gouvernement étaient peu étendus, beaucoup moins en tout cas que ce qu’espéraient les nationalistes catalans. Il disposait de pouvoirs limités en matière d’enseignement, de police et d’impôt. L’espagnol et le catalan devenaient toutes deux langues officielles. En plus d’une Assemblée régionale, les Catalans élisaient leurs députés aux Cortes de Madrid. Toute limitée qu’elle fut, cette autonomie sera remise en cause, après la victoire électorale du bloc des droites, ce qui provoquera une tentative d’insurrection nationale, brutalement écrasée par l’armée en octobre 1934 1. C’est le Front populaire, enfin, victorieux aux élections de février 1936, qui rendit son autonomie relative à la Catalogne. Puis ce fut le putsch franquiste et la riposte révolutionnaire, qui prit en Catalogne des aspects spécifiques, méritant, me semble-t-il, une analyse particulière, analyse tentée dans ce livre.
L’industrie catalane est dominée par le textile. Certes, des industries métallurgiques, électriques, chimiques, etc., s’implantent et se développent en Catalogne dès la fin du xixe siècle et lors du boom économique espagnol qui se produit pendant et à cause de la guerre de 1914-18. Mais le textile constitue l’épine dorsale de l’économie catalane et sa principale ressource à l’exportation. Le textile va suivre les aléas de l’économie espagnole dans son ensemble, subissant avec la perte des colonies à la fin du XIXe siècle (Cuba, Philippines, etc.) une crise assez grave, car il perdait son monopole de fait sur les marchés d’outre-mer. Mais des mesures douanières protectionnistes sont prises par le gouvernement espagnol, de sorte que le textile catalan part allégrement à la conquête du marché espagnol, libre de toute concurrence. L’Espagne étant restée, comme on sait, neutre lors de la guerre de 1914–18 et les industries européennes donnant la priorité à l’effort de guerre, la demande de produits espagnols et notamment catalans s’accroît dans des fortes proportions et l’industrie fonctionne à plein rendement. Des nouvelles usines et ateliers peuplent la Catalogne non seulement dans le textile ; car c’est à cette époque que sont créées des industries électromécaniques, chimiques, etc., souvent avec l’aide du capital étranger. Un certain effort de modernisation est réalisé, mais il ne faut rien exagérer et, lorsqu’en 1936 les ouvriers catalans vont se saisir de 70 % de l’industrie catalane, textile ou pas, l’infinité de petits ateliers de moins de 100 ouvriers qui existaient encore vont leur poser de sérieux problèmes.

La courbe ascendante de l’industrie catalane va connaître sa brisure en 1930, année où les effets de la crise mondiale du capitalisme se font brutalement sentir en Espagne.
De 1930 à 1936, l’Espagne et la Catalogne vont connaître une période d’agitation sociale des plus intenses, ce qui n’est pas peu dire pour qui connaît l’histoire contemporaine de la péninsule. D’abord, la monarchie va être renversée et la république proclamée dans l’enthousiasme populaire. Puis, la république va décevoir les nationalistes catalans en ce qui concerne leur maigre autonomie ; les ouvriers – catalans ou non –, en ce qui concerne leurs revendications spécifiques ; les paysans en ce qui concerne la réforme agraire ; les capitalistes qui n’osent investir en des temps aussi troublés. Les grèves se succèdent, les affrontements sanglants entre fascistes espagnols et organisations ouvrières deviennent quotidiens. Des insurrections éclatent, mais sont écrasées par l’armée, bref, le récit de cette période troublée couvrirait plusieurs livres. Comme un sismographe fébrile, le résultat des élections donne tantôt la victoire à la droite (1934), et la répression s’abat. A peine deux ans après, en février 1936, c’est le triomphe du Front populaire. L’attitude de la CNT n’est pas étrangère à ces oscillations brutales. La grande centrale anarcho-syndicaliste profondément anti-électoraliste (défendant, avant la lettre, le Elections, piège à cons), ayant opté pour l’abstention en 1934, alors qu’elle s’était plus ou moins associée à la campagne électorale victorieuse du Front populaire. De toutes façons, ce n’étaient pas des élections qui pouvaient résoudre les profonds conflits de la société espagnole, comme l’histoire l’a démontré.

Le poids de l’agriculture dans l’Espagne de la première moitié du XXe siècle est très grand, y compris en Catalogne, même si, comme je l’ai dit, l’industrie est ici plus développée qu’ailleurs (exception faite du Pays Basque). La structure agraire en Catalogne, semblable à celle de presque tout le nord de l’Espagne, est essentiellement composée de petites et moyennes propriétés, exploitées soit par des métayers, soit par des paysans propriétaires. On ne connaît pas en Catalogne ces immenses domaines de milliers d’hectares chacun, où peine misérablement l’armée des crève-la-faim que sont les ouvriers agricoles, domaines qui constituaient alors l’essentiel de la structure agraire dans presque toute l’Andalousie, par exemple. Comme on le verra plus loin, dans les pages consacrées aux collectivisations agricoles, la production agricole en Catalogne était assez diversifiée, mais les vignobles en constituaient une part importante, parce que plus rentables pour les paysans. Le métayage dans les vignes avait en Catalogne une particularité héritée du passé. C’est ainsi que les terres revenaient à leur propriétaire – qui pouvait ou non renouveler le contrat de fermage – lorsque les trois quarts d’une vigne plantée sur ses terres venaient à mourir (rabassa morta). Lorsque le phylloxéra ravagea les vignobles catalans, parmi tant d’autres, à la fin du XIXe siècle, obligeant les vignerons catalans à importer une nouvelle espèce d’origine américaine, ceux-ci se heurtèrent à un grave problème. En effet, la nouvelle variété, non seulement exigeait plus de travail, mais vivait moitié moins que l’ancienne, environ vingt-cinq ans au lieu de cinquante. Les métayers catalans non seulement se trouvèrent brusquement face à une catastrophe naturelle, mais virent aussi leurs contrats de fermage réduits de moitié. Cette situation fut la source d’innombrables conflits et créa une certaine cohésion et combativité chez les paysans catalans, surtout les vignerons, cohésion et combativité qui allaient ensuite essayer de s’exprimer dans le puissant syndicat agricole catalan, l’Unió de rabassaires (de rabassa), qui constituait pour l’essentiel la « base de masse » de l’Esquerra.
Je n’essaye ici que de présenter en quelques traits rapides le portrait de la Catalogne en 1936 – laissant de côté tout ce qui concerne son histoire, sa culture, etc. – ; nation à la fois relativement prospère et soumise au centralisme politique de l’Etat espagnol ; ce qui donne une certaine ambiguïté au problème national catalan. La république, en ce domaine, comme dans d’autres, n’a pas réussi à avoir une politique conforme à ses propres intérêts. L’Espagne étant un pays plurinational, il fallait réaliser une solution de type fédéraliste, mais si on bavarda beaucoup sur cette question, rien ne fût fait, sauf quelques concessions au désir d’autonomie catalan et basque.
Pourtant, ce bref aperçu serait incomplet si on ne parlait pas de la classe ouvrière, protagoniste véritable du récit qui va suivre. Or la classe ouvrière catalane était dans son immense majorité gagnée aux idées libertaires. La Catalogne était un bastion de la CNT-FAI. Et chacun sait que les anarchistes et anarcho-syndicalistes espagnols, catalans – ou guatémaltèques – sont farouchement hostiles à l’Etat, à l’idée de nation et en ce qui nous concerne ici, ils étaient concrètement hostiles au nationalisme catalan qu’ils considéraient bourgeois et réactionnaire, comme ils étaient hostiles au centralisme étatique de l’Etat espagnol. Opposés donc à tout centralisme étatique, les anarchistes défendaient le principe d’une Fédération libre de communes et de régions, dépassant concrètement et dans un sens révolutionnaire les problèmes nationaux. Ils étaient internationalistes et opposés à tout chauvinisme quelle que soit la religion patriotique sous laquelle il se déguise. Ce n’était évidemment pas la construction d’un Etat catalan autonome ou indépendant qui était leur objectif, mais la destruction de tous les Etats à commencer par l’Etat espagnol. Ils étaient sans nuances sur ces questions et pourtant ils étaient, comme on dit, populaires. On peut donc affirmer que la grande masse de la classe ouvrière catalane était imperméable aux idées nationalistes, et rêvait et luttait pour une société libre, décentralisée, démocratique et sans frontières.

On a souvent dit pour expliquer ce phénomène qui cadre mal avec les schémas marxistes-léninistes, que ce sont les ouvriers immigrés qui constituaient la majorité des membres de la CNT et que ces ouvriers avaient peut-être des motifs pour être étrangers, sinon hostiles, au nationalisme catalan. Mais cette explication trop simple est fausse. 80 % des ouvriers syndiqués en Catalogne (ce qui représente plusieurs centaines de milliers de travailleurs) étaient membres de la CNT et il est bien évident que tous n’étaient pas immigrés ! Même pas la moitié. D’ailleurs, l’influence des idées libertaires débordait largement le cadre ouvrier. Nombre d’employés, d’artisans, de petits commerçants de paysans et d’intellectuels catalans étaient libertaires. Et pourquoi refuser aux révolutionnaires catalans le droit d’être internationalistes ?

Certes, cela peut sembler étrange de nos jours où tant de soi-disant révolutionnaires n’ont que le mot « patrie » à la bouche et ou on confond si allégrement lutte de classes et « révolution nationale ». Mais, c’est le signe, entre autres, de la profonde dégénérescence du vieux mouvement qu’on appelle encore ouvrier, qu’il aille si souvent tirer ses oripeaux idéologiques du vieil arsenal qui était hier le patrimoine des « révolutionnaires nationaux », autrement dit les nationaux-socialistes.

Ouvrage hélas épuisé mais disponible chez les bouquinistes éditions Les Nuits Rouges ou chez Mame 1974 (ancienne édition) .

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